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Nicolas Dufourcq, le 27 avril 2017

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Le 27 avril 2017, le Club Les Echos en partenariat avec Wavestone, Pénélope et Favart recevait Nicolas Dufourcq, Directeur général de Bpifrance, autour du thème « La stratégie de Bpifrance ».

Nicolas Dufourcq 
Nicolas Dufourcq affiche un parcours sans faute. Élevé entre le Congo-Brazzaville, l’URSS et le Japon, il passe successivement sur les bancs d’HEC et de l’ENA, où il se distingue par son goût pour l’entrepreneuriat. Par la suite, Nicolas Dufourcq met à profit ses compétences dans des grands groupes, en commençant chez France Télécom, où au milieu des années 1990, lui sera confié le projet « Wanadoo » au sein de la filiale Internet du groupe duquel il deviendra le PDG. En 2003, il rejoint Capgemini et contribue au redressement de l’entreprise, alors en difficulté. Deux décennies qui l’ont évidemment marqué et aidé à construire son projet pour Bpifrance, qu’il dirige depuis plus de quatre ans. Ce projet c’est bien sûr « faire de la banque » mais surtout « pour faire jaillir la créativité de la France ».

Bpifrance, un acteur incontournable au service des entreprises 

Bpifrance est un établissement français de financement et d‘investissement accompagnant les entreprises françaises tout au long de leur parcours de croissance. Bpifrance accompagne les entreprises, qu’il s’agisse de start up, PME ou d’ETI, dans leur développement en France et à l’international.
Bpifrance intervient en financement de l’innovation, en garanties de prêts bancaires, en cofinancements de prêts bancaires, en financements des besoins à court terme. Bpifrance investit également en fonds propres dans les PME et ETI.
Depuis sa création, avec ses partenaires bancaires et financiers, le groupe a injecté près de 140 Mds€ de financements en faveur de plus de 200 000 entreprises, en grande majorité TPE et PME, contribuant ainsi directement au retour de la croissance et à l’emploi. Bpifrance s’est fait une place à part dans le paysage bancaire français, résultat d’autant plus exceptionnel que Bpifrance a un coût du risque infime. En effet, La banque affiche des chiffres faciles à retenir pour 2016 : un coût du risque de 6 millions d’euros pour 36 milliards d’euros d’encours.
Bpifrance se caractérise par son organisation totalement client-centric et sa présence aux côtés des entrepreneurs. Au-delà de l’appui financier en dette ou en fonds propres, Bpifrance accompagne les entreprises à toutes les phases de leur croissance : l’accompagnement des entreprises en early stage à travers des services de conseil, de formation et de mise en réseau, l’accompagnement des entreprises plus matures qui rentrent en phase de profitabilité et enfin l’accompagnement des entreprises françaises qui souhaitent faire le saut à l’international.

La stratégie de BFifrance 

Accompagnement en 1ère phase de croissance : Conseil, Formation et mise en réseau. 

Nicolas Dufourcq fait plusieurs constats sur les problèmes rencontrés par l’entrepreneur en première phase de développement.
Tout d’abord, l’entrepreneur est entouré de « Non » nous dit-il. Comprenons par-là le « Non » de personnes refusant de l’accompagner ou de croire en son projet, mais aussi son propre « Non » se traduisant par une autolimitation, un manque de confiance dans sa capacité à se développer. Le système éducatif français ne mettant pas l’entreprenariat au coeur de ses programmes, entraine une difficulté majeure au niveau du recrutement du capital humain en France pour ces entreprises, comme le souligne Nicolas Dufourcq.
Bien que les mentalités soient en train de changer, il reste en France un véritable travail à faire quant à la perception vis à vis de l’entreprenariat engendrant un frein incontestable à l’accompagnement des PME/ETI.
C’est dans ce contexte que Bpifrance, apporte un solide soutien à la compétitivité de ces jeunes entreprises via une offre d’accompagnement étoffée, un plan d’actions pour la digitalisation des PME et ETI et une action sectorielle renforcée, en particulier sur les secteurs clés pour la croissance de demain.

S’ajoute à ces difficultés, le manque en France, d’écosystèmes assez puissants, comparables à ceux que l’on peut retrouver aux Etats-Unis. L’écosystème français ne semble pas encore suffisamment mature pour offrir un environnement dynamique aux PME/ ETI, qui souvent peinent à obtenir des financements et de l’aide dans leur développement, les amenant malheureusement encore trop souvent passer sous contrôle étranger.

Il est donc essentiel que les acteurs qui composent ces écosystèmes se parlent plus et s’entraident pour mieux s’adapter et se développer. Les ETI ou même les entreprises du CAC40 peuvent, d’un côté, bénéficier de solutions innovantes, de nouveaux moyens pour acquérir de nouveaux savoirs et conquérir des marchés encore non explorés ; de l’autre côté, les start-ups ont besoin de l’appui de grands groupes industriels et financiers pour de les soutenir dans leur développement et dans leur internationalisation.

Afin de répondre à ce problème et pour dynamiser les entreprises et l’écosystème PME/ETI, Nicolas Dufourcq nous explique que Bpifrance développe des activités d’accompagnement, de mise en relation, de création de réseaux, et d’organisation d’évènements en lien avec des partenaires d’écosystèmes pour assister l’entrepreneur ou le chef d’entreprise dans le développement de son activité.

Accompagnement en phase de profitabilité : Fabriquer des « Licornes » 

Si la France fait preuve d’une certaine capacité à accompagner les start-ups dans les premières phases de leur développement, elle montre en revanche d’évidentes difficultés à fabriquer des « licornes », ces start-ups (dont la valorisation dépasse un milliard de dollars) atteignant une taille critique passent bien souvent sous contrôle étranger.

D’après Nicolas Dufourcq, plusieurs actions doivent être menées pour limiter ce phénomène et accompagner ces start-up dans toutes les phases de leur développement. Sur le plan financier, la France est déjà dotée de quelques fonds de grande capitalisation ou fonds « growth ». Growth désignant le ou les tours de table, de plusieurs dizaines de millions d’euros, qui correspondent au moment où la start-up a un fort besoin de cash pour se développer, à l’international notamment, et assurer sa profitabilité avec l’objectif d’une introduction en bourse. Il est essentiel de continuer à promouvoir et multiplier ce type de fonds en France afin de permettre aux start-ups françaises de poursuivre leur croissance en France et éviter ainsi de les voir partir à l’étranger. Bpifrance a bien intégré cet élément et à titre d’exemple, elle a récemment participé, grâce au fonds du Programme d’Investissements d’Avenir – PIA, au closing de Partech Growth, un fonds de growth destiné à apporter entre 10 et 30 millions d’euros aux entreprises en pleine croissance.

Accompagnement en phase d’internationalisation 

Aider ces start-up à devenir des licornes peut aussi passer par l’aide à l’internationalisation. Par exemple, de nombreuses start-up doivent implanter des équipes en Californie. Cependant, comme Nicolas Dufourcq l’expliquait, 90% de ces start-up ne réussissent pas leur implantation commerciale car elles ne sont pas outillées pour cet environnement. Pour remédier à ce phénomène, la French Tech consacre 15 millions d’euros à la visibilité des startup en menant des actions à l’étranger. En parallèle, Bpifrance s’est implanté à San Francisco depuis 2014, afin d’accueillir et de mieux préparer et accompagner ces start-ups en les mettant en contact avec des fonds de Venture, la communauté française et les grands directeurs techniques français. Les innovateurs et entrepreneurs français ont grâce à cela accès à des incubateurs, des services administratifs, de l’aide à la recherche de partenaires et de financement dans de nombreuses zones géographiques en dehors du territoire français.

En France, une ETI sur deux n’exporte pas, participant au déficit commercial français. Selon Nicolas Dufourcq, « ce qui est normal pour un pays comme la France c’est que 60% à 70% du chiffre d’affaires des ETI se fasse hors du pays, ce qui n’est pas encore le cas ». En effet, le contraste est flagrant avec notre voisin allemand, premier partenaire commercial de l’hexagone, avec qui la France a un déficit commercial d’environ 15,1 milliards d’euros par an. 

(2015 – Ministère de l’Economie et des Finances). Afin d’être compétitif, il est essentiel de soutenir les PME/ ETI françaises dans leur développement à l’étranger.

C’est dans ce contexte que Bpifrance a choisi comme axe stratégique de soutenir l’internationalisation des entreprises. Pour Nicolas Dufourcq, Bpifrance a vocation à devenir la banque de la mondialisation et du changement au rapport au monde des PME/ETI. Bpifrance offre ainsi une boite à outil extrêmement complète pour parvenir à enrayer ce déficit commercial, en proposant de nombreux services : lignes de crédit court terme, long terme, crédits acheteur, crédits fournisseur, cautions, garanties, mais également des missions d’accompagnement à l’étranger avec leurs partenaires bancaires et enfin de l’assurance export.

De plus, depuis le développement des garanties publiques à l’export ont été confiées de à Bpifrance, le 1er Janvier dernier, la banque publique se positionne en assureur (les banques de ses clients ou ses clients vis-à-vis des banques) et assure également les banques de ses clients. Egalement acteur du capital fléché sur les pays, avec des fonds franco-africains, franco-allemands ou encore des fonds francochinois, Bpifrance veut encourager la création de fonds cross-border. L’objectif étant d’encourager le chef d’entreprise à se projeter et à se développer à l’international. Pour beaucoup, vouée à l’échec, c’est finalement avec brio que Bpifrance est aujourd’hui largement reconnue et saluée en tant qu’acteur majeur du développement des entreprises.

Benjamin CARON DE SAINT-OUEN D’ERNEMONT 
Manager 

benjamin.carondesaintouendernemont@wavestone.com 


Arthur de Saint Jean 
Consultant 

arthur.desaintjean@wavestone.com