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Xavier Fontanet, le 16 décembre 2010

Xavier Fontanet, 16 décembre 2010
Xavier Fontanet, 16 décembre 2010
Xavier Fontanet, 16 décembre 2010
Xavier Fontanet, 16 décembre 2010

Pour sa 8ème édition sur le thème “La confiance, moteur de la réussite pour l’entreprise”, le club / Les Echos – Ineum Consulting a eu le plaisir de recevoir Xavier Fontanet, Président du conseil d’administration du groupe Essilor, auteur du livre Et si on faisait confi ance aux entrepreneurs – L’entreprise française et la mondialisation. A la sortie de l’Ecole des Ponts et Chaussées et du MIT, Xavier Fontanet rencontre Bruce Henderson, fondateur du BCG, auprès duquel il acquiert une pratique avancée de la stratégie des entreprises. Puis il prend successivement la direction de Bénéteau, d’Eurest et d’Essilor qu’il rejoint en 1991. En 2010, Hubert Sagnières lui succède en tant que directeur général, ce qui offre à Xavier Fontanet le temps d’écrire son livre, à la fois plaidoyer de l’économie de marché et petit précis à destination du manager. A l’origine, sa rencontre avec Alain Peyrefitte et leur souhait commun d’écrire leurs visions croisées des mondes politique et économique.

Dédiée à la présentation de son livre, cette conférence a été l’occasion pour Xavier Fontanet d’exprimer comment grâce à une stratégie claire : conquérir le marché mondial, et des approches adaptées à chacun des ensembles socioculturels, le groupe Essilor a noué des relations privilégiées de confiance entre Management et salariés.

A la première question de Philippe Escande des Echos sur la façon dont la confiance peut constituer un nouveau modèle de gouvernance, Xavier Fontanet s’attache à préciser ce qu’il considère être un « mécanisme vertueux ». La confiance est un puissant moteur de changement dès lors qu’elle est fondée sur un mécanisme de réciprocité : pour que les collaborateurs aient confiance en leur management, il est nécessaire que le management ait d’abord confiance en lui-même. Ce à quoi il ajoute que seule l’élaboration d’une « stratégie intelligente » de l’entreprise permet l’adhésion et la confiance dans l’entreprise. En extrapolant plus largement à la situation française, Xavier Fontanet établit un lien direct entre le manque de confiance accordée aux entreprises et la difficile acceptation des bonnes performances publiées par les entreprises, souvent perçues comme signe d’arrogance.

Il fait alors appel à Jean de La Fontaine et sa fable «La laitière et le pot au lait », pour expliquer comment des générations entières d’écoliers français ont appris à se moquer de l’entrepreneur. Puis au colbertisme des règnes de Louis XIV et de Napoléon I, à qui succèdent les Lumières. Au premier rang desquelles Jean-Jacques Rousseau dont la critique de l’économie de marché inspira les théories fondatrices du socialisme. Plus tard, ce fût à Napoléon III d’être plus moqué que reconnu pour les orientations libérales du Second Empire. Et c’est ainsi que la France s’est installée dans un puissant ressenti face à la culture économique. Même la force libérale insufflée par les grands entrepreneurs que sont Marcel Dassault et Ferdinand de Lesseps n’aura suffi à infléchir la trajectoire.

Xavier Fontanet affirme alors que les français sont capables de « faire des merveilles » et ne doivent plus avoir peur de la mondialisation. En reprenant l’expérience d’Essilor, il démontre que ce groupe, parmi les plus mondialisés, au sein duquel les activités françaises représentent moins de 10% du chiffre d’affaires pour 5% des volumes, a construit son développement sur l’ouverture d’esprit, la capacité des collaborateurs à prendre des risques et à assumer le changement, trois postures rendues possibles par le socle de la confiance constamment renouvelée. C’est aussi ce socle qui a conduit Essilor à nommer le Directeur des activités chinoises au sein du Conseil d’Administration, faisant d’Essilor le premier groupe du CAC40 à installer un asiatique à la tête de sa gouvernance.

Du point de vue de l’organisation de l’entreprise, le système d’actionnariat salarié, implanté historiquement lors de la création du groupe Essilor par la fusion entre la coopérative ouvrière Essel et la maison Silor, constitue un autre pilier fondateur. Chez Essilor, le dirigeant est appelé à rendre des comptes aux salariés en Assemblée Générale et assume de « s’entendre dire les choses ». Pour le dirigeant, un vote de confiance des actionnaires se traduisant par 80% et non 98% des suffrages ne constitue pas un échec mais bien un appel à la remise en cause. Pour les 8 000 salariés actionnaires (sur les 40 000 du groupe), ce système est la garantie d’une possible appropriation de l’entreprise, du respect de la dignité des femmes et des hommes qui la composent et du principe de la solidarité dans la prise de risques. C’est sur la base de ces valeurs et de ces convictions que le directeur de la filiale chinoise a obtenu une dérogation de l’Etat chinois pour pouvoir associer ses employés au capital. En ces temps de crise, Xavier Fontanet observe que ce système, vertueux et créateur de confiance, fait l’objet de nombreuses demandes d’informations et estime aujourd’hui qu’il est largement transposable.

Enfin, Xavier Fontanet souligne qu’être chef d’entreprise consiste à défendre et promouvoir l’intérêt général. En cela, il assume son opposition frontale au discours récurrent de la classe politique qui chercherait à réduire la fonction de chef d’entreprise à la seule défense des intérêts particuliers. Il ajoute même que la concurrence en étant source de création de mieux-être est une des conditions de la promotion de l’intérêt général. Par exemple, dans le secteur de l’optique, c’est bien grâce aux dynamiques concurrentielles entre les japonais - souvent myopes et experts des techniques d’affinement des verres, et les français - souvent presbytes et spécialistes des verres progressifs, que les techniques optiques se sont améliorées et que les verres sont devenus de plus en plus innovants et performants. Au contraire, l’endettement rapide de l’Etat qui pèse sur l’avenir des générations futures contraint lourdement les économies privées, étant entendu que la dette aujourd’hui équivalente à un an de PIB est directement portée par les contribuables que sont les particuliers et les entreprises.

A l’issue de la présentation, les nombreuses questions émanant des participants ont permis à Xavier Fontanet de préciser ses positions l’impact de la pression des marchés sur l’entreprise, sur l’éducation et l’économie, le rôle de la recherche et de l’innovation, les défi s de la mondialisation et sur les produits Essilor du futur. En réponse à la question de Philippe Burucoa, associé membre du Comité Exécutif d’Ineum Consulting, à propos du découragement de certains clients à n’être jugés que sur la base d’indicateurs financiers, Xavier Fontanet confirme que la confiance et la performance découlent d’une stratégie maîtrisée et des savoir-faire dans les métiers de l’entreprise. Il oppose alors le modèle anglo-saxon, marqué par le management financier, excellent dans les entreprises rapides, nécessitant de faibles capitaux, et les modèles des japonais, coréens ou allemands, capables de réaliser des investissements plus lourds et rentables à plus long terme. Airbus, et sa progression continue par rapport à Boeing, permet d’illustrer la force de ces modèles.

Au sujet de l’éducation économique, l’objectif annoncé par Xavier Fontanet est que l’ensemble des élèves sachent ce que sont un bilan et un compte de résultat et que les ponts entre l’Enseignement et l’Entreprise soient renforcés. Au sujet de la recherche, Xavier Fontanet affirme au sujet de son expérience chez Essilor, qu’elle constitue un des piliers à part entière de la confiance. L’effort d’innovation sur les produits est complété par un effort d’innovation sur les services, y compris informatiques. Xavier Fontanet associe d’ailleurs naturellement les 5% de CA d’Essilor dédiés à la R&D aux 5% dédiés à l’informatique et au développement des services. Il conclut en annonçant que le lien entre l’innovation et la puissance informatique supprime la distinction entre les entreprises industrielles et les entreprises de service. Il appelle enfin à un renforcement de la notion de propriété intellectuelle, indispensable pour préserver la recherche.

Au sujet de la mondialisation, il insiste sur le fait qu’un développement international réussi appelle de la part des entreprises de ne pas imposer un modèle mais de s’adapter aux contraintes socio-économiques des pays. Dans le cadre de son développement indien, Essilor a adapté sa stratégie de distribution au plus proche des pratiques des populations, en installant un système de commercialisation plus proche des foires moyenâgeuses que de l’actuel réseau de distribution des opticiens français. Grâce à cela, Essilor a considérablement pu réduire le coût complet des montures et permettre le développement du marché indien avec des lunettes à 5 dollars. Essilor est en cours de réflexion pour étendre ce modèle à l’Afrique.

En conclusion, Xavier Fontanet rend un ultime hommage au Groupe Essilor en saluant les produits du futur. Si les expérimentations très innovantes permettent dès aujourd’hui à des aveugles de voir grâce à la langue, les produits à l’impact le plus fort demeureront les verres capables de diminuer la fatigue des yeux. Et les verres correctifs ont de beaux jours devant eux car, selon des études australiennes, canadiennes et chinoises, bien voir permettrait d’allonger la durée de vie !

Philippe Burucoa

Associé membre du Comité Exécutif – Ineum Consulting

pburucoa@ineum.com