ILHAM KADRI

DIRECTRICE GÉNÉRALE ET PRÉSIDENTE DU COMITÉ EXÉCUTIF

SOLVAY

29 septembre 2020

« Comment assurer une relance verte efficace »

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Synthèse du débat :


Le 29 septembre 2020, Ilham Kadri, Directrice générale et Présidente du Comité Exécutif de Solvay, était l’invitée du E-Club les Echos Débats et de Wavestone pour échanger sur le thème « Comment assurer une relance verte efficace » animé par David Barroux, Rédacteur en Chef, Les Echos.

L’année 2019 marque un tournant historique pour Solvay avec l’arrivée de Mme Ilham Kadri pour succéder à M. Jean-Pierre Clamadieu. Cette femme, dont la personnalité vient trancher dans ce monde de dirigeants d’entreprise, est venue insuffler un nouveau souffle au géant de la chimie belge. Solvay s’est ainsi engagé dans une nouvelle étape de transformation et a dévoilé sa raison d’être qui s’est concrétisée par de nouvelles stratégies business et développement durable. C’est dans ce contexte que Mme Kadri revient sur l’impact de la crise sanitaire sur les activités de Solvay ainsi que la place du groupe dans le monde de demain.

L’agilité de Solvay dans la gestion de la crise de la COVID-19

Pour bon nombre d’entreprises, l’impact de la crise sur les activités économiques a été sans précédent. Malgré une baisse de ses ventes nettes totales de 11% au premier semestre, Solvay est parvenu à bien réagir dans son ensemble. Les vents contraires sur certains de ses secteurs d’activités (automobile, aéronautique, pétrole et gaz, construction) ont pu être compensés par d’autres secteurs qui se sont montrés plus résilients (santé, agroalimentaire, soins à domicile, électronique). Finalement, son portefeuille d’activités diversifiées et sa diversification géographique avec un tiers de ses activités en Europe, un tiers en Asie, et un tiers en Amériques, ont été de réelles forces pour Solvay dans ce contexte.

Cette crise de la COVID-19 n’est pas la première crise que traverse Solvay, ni Mme Kadri en tant que dirigeante. Pour autant, elle ne ressemblait en rien aux précédentes crises déjà traversées ces dernières années comme le souligne Mme Kadri : « c’est la première fois qu’un événement externe a provoqué une combinaison de risques qui étaient probablement considérés indépendants ». Assurer la santé et la sécurité des employés, anticiper les décisions des gouvernements, maîtriser les perturbations sur l’intégralité de la chaîne de valeur… tous ces risques ont finalement permis de mettre en exergue les vulnérabilités de sa propre entreprise dans un monde qui se veut de plus en plus global.

Face à cette vision quelque peu morose, Mme Kadri qui se décrit comme une « optimiste par nature » est convaincue que chaque crise est constructive et permet de tirer des apprentissages. Le groupe de chimie Belge a ainsi pu sortir son épingle du jeu à plusieurs reprises lors de cette crise.

Tout d’abord, Solvay a pris le parti de protéger ses liquidités dès le début de la crise sanitaire afin de pouvoir se reposer sur une trésorerie solide. Concrètement, cela s’est notamment traduit sur le premier semestre par un gel des investissements à hauteur de 60 millions d’euros. Cette décision prise par Solvay, qui n’est autre que le fruit des apprentissages liés à des crises passées, s’est avérée être une stratégie gagnante. En effet, Solvay a enregistré au premier trimestre un flux de trésorerie record de 435 millions d’euros contre 33 millions d’euros au premier semestre de l’année précédente. De plus, une fois que la trésorerie était assez solide pour préparer le rebond, la moitié des investissements gelés a été directement réinvestie.

Par ailleurs, cette crise de la COVID-19 a « challengé le progrès humain » et a permis de démontrer qu’avec de la volonté, il était faisable « de rendre les choses possibles et d’aller plus loin ensemble ». Pendant la crise, Solvay a dû continuer ses activités et a même intensifié la production sur certains marchés. Mme Kadri a d’ailleurs souligné à plusieurs reprises à quel point « les employés se sont sublimés » par leur mobilisation exceptionnelle.

Quelques exemples peuvent illustrer cette implication sans faille des employés, tout en sachant que la plupart de ces exemples n’auraient pas été réalisables, et même envisageables, dans un contexte hors crise :

Auparavant, Solvay ne produisait pas de gel hydroalcoolique. Néanmoins, le groupe de chimie se trouvait tout de même dans la chaîne de valeur puisqu’il fournissait des composants à ses clients qui les produisaient ensuite. Avec la connaissance de la recette, le matériel industriel et les équipes à disposition, Solvay a été en mesure de fabriquer un million de bouteilles de gel hydroalcoolique. Au-delà de cette production, Solvay s’est également réorienté pour développer d’autres produits contre le coronavirus (ex : composants des ventilateurs dans les respirateurs, plastique des écrans faciaux de protection, ingrédients utilisés dans certains tests de détection du virus…). Certaines innovations ont même été lancées pendant la crise comme les solutions de désinfection 24h et le textile polyamide anti-virus.

En matière de télétravail, l’effort réalisé a réellement été « incroyable » pour le groupe. Sur 24 000 employés, 10 000 employés à travers le monde ont été mis en télétravail en moins de 2 semaines. Il n’y aura probablement pas de retour au « monde d’avant ». Cela marque donc un tournant important dans l’organisation du travail et nous amène désormais à parler de « mobilité du travail ». Le télétravail n’est plus tabou et d’après un récent sondage réalisé auprès des employés de Solvay, éligibles au télétravail, plus de 77% se disent favorables à faire du télétravail entre 2 et 4 jours par semaine.

Finalement, la liste des exemples pourrait être encore longue. Mais tous mettent en avant l’agilité dont Solvay a fait preuve pour tenir le cap. Comme le souligne Mme Kadri, « chaque crise apporte son lot d’opportunités » et « ne pas profiter d’une crise pour réformer, c’est finalement une double erreur ».

Néanmoins, la clé de réussite de Solvay face à la crise ne réside pas uniquement dans son agilité. Il faut aussi avoir en permanence un temps d’avance pour être prêt à rebondir assez vite, au bon moment, afin de répondre aux besoins de ses clients et aux besoins de demain. Mme Kadri illustre bien cette approche très pragmatique en déclarant qu’il est nécessaire de « toujours avoir un œil sur le microscope (gérer la crise) et un œil sur le télescope (planifier le rebond) ».

La chimie, un agent du changement pour un avenir plus vert et plus durable

Souvent présentée comme non respectueuse de l’environnement, l’industrie de la chimie a fait l’objet par le passé, et aujourd’hui encore, de nombreuses critiques. Pourtant, son impact dans la vie quotidienne de chacun est souvent sous-estimé. A la fois présentes dans nos voitures, nos téléphones, nos fenêtres, nos produits alimentaires ou encore nos médicaments, les solutions du géant mondial de la chimie sont également utilisées dans le traitement de nos eaux, la purification de notre air, etc. Cette industrie, dénommée « la mère des industries », est devenue essentielle dans notre société et elle le sera d’autant plus pour se tourner vers l’avenir. C’est d’ailleurs ce qu’a affirmé Mme Kadri lors de son intervention en juillet dernier à la Commission des affaires économiques de l’Assemblée Nationale : « Il n’y aura pas d’économie circulaire sans chimie, pas d’alternative aux énergies fossiles sans chimie, pas de mode de consommation plus responsable sans chimie… ». Le développement durable est déjà au cœur de certaines activités de chimie mais ce n’est pas toujours suffisant. Les industriels de la chimie doivent à présent redoubler d’efforts pour réduire davantage leur empreinte environnementale.

Pour répondre aux défis de demain d’un monde plus vert et plus durable, Solvay a entrepris en 2019 un travail de réflexion stratégique sur l’ensemble de sa chaîne de valeur. Cela a conduit à la mise en place de la stratégie G.R.O.W, stratégie à moyen terme, qui permettra d’assurer la croissance, de générer du cash et d’accroitre la création de valeur. Le nouveau programme de développement durable, « Solvay ONE Planet », fait partie intégrante de cette stratégie. Il comprend dix engagements mesurables à atteindre d’ici 2030, et s’articule autour de trois piliers :

Le climat : Réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le monde, éliminer l’utilisation du charbon, réduire la pression sur la biodiversité.

Les ressources : Augmenter l’efficacité de l’utilisation de l’eau, accélérer l’économie circulaire, augmenter la récupération des déchets, tirer parti de l’innovation pour développer des solutions durables.

La qualité de vie : Donner la priorité à la sécurité, intégrer l’inclusion et la diversité, prolonger le congé maternité et paternité.

En renforçant son engagement en matière de développement durable, Solvay construit sa relance autour d’une approche verte et inclusive. Dans ce contexte, la science et l’innovation vont jouer un rôle primordial pour permettre à Solvay de rester compétitif face à la concurrence étrangère qui n’a pas toujours la même conscience écologique et les mêmes valeurs.

Cette capacité d’innovation comme vecteur d’accélération majeur pour les entreprises laisse entrevoir à l’Europe la possibilité d’un rebond à la fois économique, industriel et vert. Cependant, cette nouvelle industrialisation du sol européen serait possible seulement dans la mesure où il ne s’agirait pas de copier ce qui se fait ailleurs mais d’innover durablement. C’est pourquoi, plutôt que de parler de réindustrialisation de l’Europe, Mme Kadri préfère utiliser le terme « localisation » des innovations.