JACQUES ASCHENBROICH

PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL DU GROUPE VALÉO

La révolution de la mobilité

Le 29 juin 2017, le Club « Les Echos » en partenariat avec Wavestone, Pénélope et Favart recevait Jacques Aschenbroich, Président Directeur Général du groupe Valéo autour du thème « La révolution de la mobilité ».


Jacques Aschenbroich et la transformation de Valéo

Ingénieur diplômé de l’Ecole nationale supérieure des mines de Paris, Jacques Aschenbroich est Président Directeur Général de l’équipementier automobile Valéo. Lorsqu’il rejoint le groupe en 2009 après avoir passé une grande partie de sa carrière chez Saint-Gobain, il entreprend la mise en œuvre d’un nouveau plan stratégique qui constitue l’un des plus beaux exemples de transformation d’une entreprise française de ces dernières années. Avec des objectifs de résultats revus à la hausse presque chaque année, la réussite de ce plan stratégique vaut à Jacques Aschenbroich d’être régulièrement cité parmi les dirigeants les plus performants de France dans la presse.

 Sa ligne directrice a été de préparer le groupe à une révolution à la fois digitale et environnementale du secteur automobile, une révolution qu’il appelle plus largement « la révolution de la mobilité ».


La révolution de la mobilité

Jacques Aschenbroich est convaincu que l’on vit une profonde transformation du monde de l’automobile. Cette révolution repose sur trois enjeux principaux : la maîtrise des émissions de CO2, la conduite assistée et la mobilité digitale.

Cette révolution est avant tout environnementale. La voiture reste un objet qu’on voit, qu’on sent, qu’on aime. Néanmoins, bien que l’industrie ne représente que 15 à 20% des différents types de pollution, elle est perçue comme très polluante et de manière générale, les études montrent que les utilisateurs souhaitent que leur véhicule respecte mieux l’environnement.

Nous sommes également en train de vivre une révolution sur le plan de l’assistance à la conduite. On voudrait de plus en plus une voiture qui nous aide à conduire, voire qui devienne complètement autonome. Dans un monde où le temps s’accélère et les grandes villes prennent des mesures pour réduire l’usage de la voiture, les automobilistes veulent se réapproprier le temps passé en voiture pour faire autre chose qu’attendre patiemment dans les embouteillages.

Enfin le dernier enjeu de cette révolution est le digital. On peut aujourd’hui commander et personnaliser ses déplacements en quelques clics depuis les divers outils digitaux à sa disposition. On peut louer son chauffeur, mais aussi sa voiture, son parking… La voiture n’est plus uniquement vouée à être un objet qu’on possède, elle devient également un service.

Ces trois révolutions transforment les technologies et le rapport à l’objet voiture. Elles créent un nouveau paradigme difficile à anticiper pour le monde automobile, mais où, selon Jacques Aschenbroich, il n’y aura pas de solution unique prédominante, mais un ensemble de solutions qui coexisteront et seront autant d’opportunités pour Valéo.

 

La réduction de CO2, au cœur de la transformation de Valéo

Jacques Aschenbroich avait depuis longtemps la conviction qu’il y avait un sujet sur lequel l’industrie automobile devait changer : c’était son impact environnemental et les perceptions associées.

A son arrivée au sein de Valéo, on ne le prend pas au sérieux. Le secteur automobile semble être une industrie dépassée. Valéo a alors une image d’une entreprise très bien gérée avec des produits qui sont des commodités. Certains actionnaires, intéressés par des plus-values à court terme, militent pour le découpage du groupe, prétendant qu’il n’a ni la mentalité ni le contenu technologique qui lui permettrait de survivre. Ce qu’il manque alors, c’est une ligne directrice, une vision éclairée de l’avenir.

C’est à l’occasion d’une réunion technique avec la Directrice des Achats d’un de ses clients que Jacques Aschenbroich a le déclic. Lorsqu’elle lui dit que Valéo a toutes les technologies pour leur permettre de réduire leurs émissions de CO2, ce qui est pour eux un sujet fondamental, il réalise qu’il a trouvé son fanion. Le développement de ces technologies qui représentaient alors déjà 60 à 65% du chiffre d’affaires de l’entreprise, s’impose comme la ligne directrice qu’il recherchait, permettant de créer une identité tant pour les collaborateurs que vis-à-vis de l’extérieur.

A l’époque, la réduction des émissions de CO2 gagne en effet en importance à différents niveaux de la société. Elle continue à en gagner aujourd’hui avec les initiatives des nouveaux régulateurs que sont les grandes agglomérations du monde entier, qui tentent toujours plus de réguler le trafic et de réduire la pollution.

En parallèle, on observe un véritable boom des investissements sur la voiture électrique, des gammes luxe étant même bientôt disponibles chez certains constructeurs. Néanmoins, même dans les plus optimistes des scenarii, il est difficile d’envisager une bascule vers les véhicules électriques avant une dizaine d’années. En effet, certains défis restent à relever pour convaincre les automobilistes : un prix plus élevé que celui des véhicules traditionnels, une autonomie encore limitée, un temps de recharge des batteries long. Par ailleurs, son impact positif sur l’environnement est à relativiser, car si une voiture électrique ne produit pas de CO2, les modes de production de l’électricité utilisée peuvent eux aussi être polluants.

 

Les avancées en matière de conduite assistée

Au moment où il décide d’adopter la réduction des émissions de CO2 comme ligne directrice, Jacques Aschenbroich hésite à communiquer également les avancées du groupe dans l’assistance à la conduite. Valéo était alors déjà n°1 mondial dans les capteurs, caméras et autres équipements qui permettent à la voiture de comprendre son environnement. Il est finalement décidé de s’en tenir à une seule ligne directrice : trop difficile d’expliquer que le groupe menait de front deux objectifs majeurs à la fois. Le sujet est resté néanmoins au cœur de la stratégie de Valéo.

Un positionnement visionnaire quand on voit que ce sujet, qui paraissait encore lointain il y a un an, a complètement explosé. Les constructeurs traditionnels et les constructeurs chinois, qui se sont multipliés et développés à grande vitesse ces dernières années avec le plus grand marché automobile mondial, investissent massivement sur le sujet. On a du mal à se représenter l’arrivée de la voiture autonome au regard de la circulation actuelle dans les grandes villes, mais elle existe déjà en réalité et fait d’énormes progrès. On promet des voitures autonomes pour 2020. Jacques Aschenbroich est convaincu que très bientôt la voiture connectée deviendra une réalité dans certains quartiers de grandes villes. Certaines sont même déjà en circulation, comme les navettes de la société française Navia qui connaissent un certain succès auprès des usagers.

Des entreprises comme Google et Apple s’intéressent aussi au sujet de la voiture autonome. Pour autant, Jacques Aschenbroich ne le voit pas d’un mauvais œil, car cela signifie que beaucoup d’intelligence et beaucoup d’argent sont mobilisés sur le sujet. La multiplication des acteurs permet d’imaginer de nouveaux usages qui ouvrent la porte à un nombre considérable d’opportunités. Des entreprises comme Tesla, Google, Cisco travaillent sur des innovations qui permettent à Valéo d’imaginer avoir demain comme futurs clients des gestionnaires de flottes, des gestionnaires de parking… Aujourd’hui, la véritable limitation reste celle des ressources : il est difficile de trouver les talents pour exploiter toutes les opportunités sur ces nouvelles technologies. Aux yeux de Jacques Aschenbroich, les assembleurs ne sont pas non plus menacés dans ce nouvel écosystème puisque leur savoir-faire reste central. Les acteurs du digital n’ont pas vocation à construire des voitures et ne déplaceront pas la valeur automobile.

 

Les opportunités économiques du digital

Les études réalisées par des cabinets extérieurs montrent que les nouveaux modèles du digital et de l’économie collaborative n’ont que peu d’impact sur le marché automobile. Cependant, Jacques Aschenbroich considère que ces études ne reflètent pas l’impact positif de ces modèles. Les chiffres d’Uber à San Francisco montrent au contraire que ces services contribuent à augmenter la mobilité. Les dirigeants de Blablacar estiment quant à eux que ce sont plus les modes de transports collectifs que les modes de transport individuels qui sont impactés par leur modèle.

Selon Jacques Aschenbroich, ces acteurs ont toutefois encore quelques marches à franchir pour répondre à la demande de leurs utilisateurs. En effet, ces types de services vont avoir tendance à adapter l’offre à la demande, ce qui génère des difficultés lorsqu’il s’agit de traiter un nombre important de demandes. Dans l’exemple d’Uber, lorsque la demande augmente, le prix augmente et donc l’offre de chauffeurs augmente pour répondre à cette demande, mais cela signifie également un ralentissement du service pour les utilisateurs, puisque le trafic va s’en trouver congestionné. Dans le cas des systèmes de partage de voiture, un frein important reste la géolocalisation de la voiture. Pour Valéo, ces freins sont autant d’opportunités de nouveaux produits.

Malgré les doutes de ceux qui en 2009 voyaient l’automobile comme une industrie du passé, c’est finalement avec brio que le groupe Valéo s’est transformé et imposé comme un acteur majeur de la révolution de la mobilité sous l’impulsion de Jacques Aschenbroich.


Laurent STOUPY
Directeur Associé Wavestone
Laurent.stoupy@wavestone.com


Marie BARAN
Consultante Wavestone
marie.baran@wavestone.com

Benjamin CARON DE SAINT-OUEN D’ERNEMONT 
Manager
benjamin.carondesaintouendernemont@wavestone.com

Arthur DE SAINT JEAN 
Consultant 
arthur.desaintjean@wavestone.com

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