DANIEL COHEN

DIRECTEUR DU DÉPARTEMENT D'ÉCONOMIE DE L'ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE ET COFONDATEUR DE L'ÉCOLE D'ÉCONOMIE DE PARIS

La retour de la croissance ?

Le 18 janvier 2018, le Club Les Échos en partenariat avec Wavestone, Pénélope et Favart recevait Daniel Cohen, économiste, Directeur du Centre pour la recherche économique et ses applications (CEPREMAP), et professeur à l’ENS, autour du thème « Le retour de la Croissance ? ».

Daniel Cohen, un « économiste pragmatique »

Diplômé de l’Ecole Normale Supérieure en 1976, agrégé de mathématiques, Daniel Cohen est également docteur en sciences économiques et agrégé de sciences économiques. 

Attaché à l’ENS, il en devient professeur, puis directeur du département d’économie. Il est l’un des membres fondateurs de l’Ecole d’Economie de Paris, dont il a été le premier vice-Président. En parallèle, il prend la direction du Centre pour la Recherche Economique et ses Applications (le CEPREMAP).

Daniel Cohen est aussi connu pour son expertise sur la dette souveraine. Il a notamment participé à l’initiative PPTT (initiative de réduction de la dette des pays pauvres très endettés).

Enfin, Daniel Cohen a exposé ses réflexions à travers plusieurs ouvrages, dont les plus connus sont « La prospérité du vice », publié en 2009, et « Le monde est clos, le désir infini » qu’il a publié en 2015. Le thème de cette conférence, en partenariat avec Wavestone, fait notamment écho à ce dernier.


Un dynamisme retrouvé avec le retour de la croissance

Daniel Cohen constate un retour de la croissance en France, dans la zone euro (autour de 2,5%) mais également à l’échelle mondiale avec des prévisions de croissance de 5% du commerce international selon l’OCDE. Il constate que la décennie perdue semble arriver à sa fin et qu’elle s’inscrit dans une série de « up and down » (la crise de la dette en Amérique Latine dans les années 80, l’éclatement de la bulle spéculative au Japon dans les années 90 et la crise des subprimes à partir de 2008).

Daniel Cohen explique ce retour de la croissance à l’échelle mondiale par deux facteurs : le mécanisme vertueux par lequel la croissance crée de la croissance sous l’effet d’un retour progressif de la confiance des acteurs et la politique monétaire laxiste qui permet de faire respirer la croissance en limitant les restrictions budgétaires et en facilitant les investissements.


Mais une croissance qui n’améliore plus le niveau de vie des classes moyennes

Contrairement à la théorie de la courbe de Phillips, on observe qu’il n’y pas cette fois-ci de corrélation entre le chômage et l’inflation. Malgré un quasi plein emploi aux Etats-Unis ou même en Europe, notamment en Allemagne, les prix et les salaires n’augmentent pas, et les classes moyennes ne retrouvent pas d’amélioration de leur niveau de vie.

Il n’y a pas d’explication qui s’impose mais plutôt des hypothèses. Les chiffres de l’emploi semblent rassurants mais cachent en réalité une situation précaire : les salariés, menacés par la digitalisation et les délocalisations ont perdu leur pouvoir de négociation.

Il se passe quelque chose d’unique dans la croissance économique actuelle : elle ne tire plus comme auparavant la classe moyenne. Au contraire, cette croissance est captée par les riches, amputant alors la traction économique sur le reste de la population. Cela est flagrant aux Etats-Unis où les 1% les plus aisés détiennent 20% du revenu total.


D’où ce débat sur les effets réels de la croissance sur le niveau de vie

La question de la croissance oppose deux écoles.

·        La première vision, portée par Robert Gordon, est pessimiste dans le sens où elle considère que la croissance actuelle n’a plus la même capacité de traction et de renouvellement de la société de consommation. Contrairement aux précédentes vagues de croissance, notamment durant la révolution industrielle, les transformations actuelles ne changent plus radicalement les conditions d’existence. 

·        La deuxième vision, incarnée par la loi de Moore, est à l’inverse optimiste. Elle insiste sur la croissance exponentielle des innovations technologiques, notamment de l’intelligence artificielle, qui pourront bouleverser nos modes de vie et nous permettre d’inventer des emplois d’une autre nature.


La nécessité de redéfinir la nature de la croissance

Daniel Cohen précise que les dernières décennies ont néanmoins permis de considérablement réduire à l’échelle mondiale les populations qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Mais en ce qui concerne les économies occidentales, il souligne que la véritable incertitude, se trouve dans la nature de notre société post-industrielle. Nous avons du mal à la caractériser car elle est intrinsèquement déterminée par ce qu’elle a aboli et non pas par ce qu’elle est.

En 1948, Jean Fourastié décrivait déjà les tendances de la société post-industrielle. Une société de services, « où l’Homme va travailler l’Homme lui-même ». Le problème de cette tertiarisation de l’économie est qu’elle ne génère pas de rendements d’échelle. En effet, contrairement à ce qui était attendu, les services à la personne ne sont pas autant générateurs de revenus que la production de biens. Pire, ils créent des emplois faiblement rémunérés qui paupérisent les salariés concernés.


Vers un nouveau paradigme : la technologie n’est plus au service de l’homme mais elle vient au contraire le remplacer.

En effet, l’économie était auparavant composée de 3 parties : la conception, la fabrication et la prescription. La conception de nouveaux produits et services constituait un levier d’emplois pour la fabrication et la prescription.

Aujourd’hui la dynamique est différente. La fabrication tend à disparaitre et la conception, au lieu d’être complémentaire de la prescription, se substitue à elle. Les logiciels viennent remplacer les services. Nous allons vers un monde où les emplois à rendement décroissant ne sont pas tirés par les secteurs à rendement croissant (exemple des GAFA: (Google, Apple, Facebook, Amazon).

Les emplois à rendements décroissants ne sont plus tirés par les emplois à rendements croissants.

Nous nous dirigeons vers une société où le numérique convertit les humains en une somme d’informations qui seront traitées par l’intelligence artificielle, dans le but de générer des revenus.


Deux schémas possibles face à ce monde numérisé

Pour Daniel Cohen, nous pouvons alors imaginer deux scénarios radicalement opposés : l’un profondément inégalitaire, où les plus riches bénéficieront de ce rendement d’échelle, à l’image des Etats-Unis. Dans ce cas, la richesse ne se redistribue pas équitablement dans l’ensemble de la société.

En parallèle, se dessine un scénario plus optimiste qui repose sur la capacité de la nouvelle génération à réinventer leurs emplois en imaginant des complémentarités nouvelles entre le numérique et des activités conduites par l’humain pour l’humain.

A la question de Philippe BURUCOA, sur l’apparente capacité de l’innovation à créer de l’emploi, Daniel COHEN nous répond qu’une voie se situe dans la formation du middle management et des employés occupant des postes intermédiaires à de nouvelles compétences. Ces dernières pourront leurs donner accès aux emplois de l’économie digitalisée.

Il constate néanmoins que nous n’avons pas encore pallier à la polarisation de l’économie et de la société, à l’image des Etats-Unis où le phénomène de « The Winner takes it all » perdure.


Philippe Burucoa, 
Senior Partner, Consumer Goods & Services
philippe.burucoa@wavestone.com

Vincent Chaudel, 
Directeur Global Marketing
vincent.chaudel@wavestone.com

Harwina Soulillou,
Consultante, Consumer Goods & Services
harwina.soulillou@wavestone.com

Ophélie Maigne, 
Consultante, Consumer Goods & Services
ophelie.maigne@wavestone.com

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