JEAN-BERNARD LÉVY

PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL

EDF

Mardi 18 juin 2019

« L’électricité, l’énergie qui change tout »

Compte rendu 

Par Clément Le Roy, Directeur - clement.leroy@wavestone.com

et Marie-Anne Jallot, Consultante - marie-anne.jallot@wavestone.com


Le 18 juin 2019, Le Club les Echos, en partenariat avec les cabinets de conseil Wavestone et Favart recevait Jean-Bernard Lévy, PDG du Groupe EDF, autour du thème : « L’électricité, l’énergie qui change tout ». L’occasion d’évoquer la manière dont EDF s’inscrit dans la transition énergétique et le grand projet d’évolution du groupe qui est actuellement en cours de préparation, à la demande du Président de la République.


Ancien élève de l’Ecole Polytechnique, Jean-Bernard Lévy dirige le groupe EDF depuis 2014 et a récemment entamé son deuxième mandat, une première depuis Marcel Boiteux dans les années 80. Il a évolué au sein de différents cabinets ministériels, dans l’industrie et la finance. Il a ensuite dirigé Vivendi pendant une dizaine d’années, qu’il a contribué à redresser financièrement, puis occupé le poste de Président Directeur Général de Thalès pendant près de deux ans avant de prendre ses fonctions au sein d’EDF.


Une réorganisation du Groupe nécessaire pour soutenir les investissements et contribuer aux objectifs climatiques fixés par la France.


Jean-Bernard Lévy a rappelé l’importance de conserver un prix de l’électricité au plus bas, comme c’est le cas aujourd’hui en comparaison de la plupart de nos voisins européens. Il s’agit là d’un avantage compétitif pour notre économie et les entreprises, un facteur de pouvoir d’achat pour les ménages et la continuité de la fourniture d’électricité avec un plan d’investissement en accompagnement des objectifs climatiques.

Le Groupe EDF évolue dans un système de régulation qui n’est pas tenable à terme. En effet, depuis une dizaine d’années, le mécanisme de l’ARENH (Accès Régulé à l’Energie Nucléaire Historique) oblige le groupe à vendre environ un quart de la production nucléaire aux autres fournisseurs d’électricité à un prix de 42€/MWh. Ce prix, qui n’a pas évolué depuis 2012, ne permet pas à EDF de reconstituer ses capacités d’investissement, dans un contexte de dette importante. Le niveau d’investissements du Groupe, quasiment incompressible, s’élève ainsi à 15 milliards d’euros, dont environ une douzaine sont réalisés en France pour entretenir notamment le système électrique. Jean-Bernard Lévy mène donc un combat très important pour faire évoluer ces dispositifs, alors que les parts de marché ont évolué. Le groupe EDF reste certes l’acteur prépondérant de la fourniture d’électricité en France, mais d’autres acteurs sont parvenus à constituer un portefeuille de clients important. Le Ministre François de Rugy a d’ailleurs indiqué que l’ARENH serait modifié d’ici 2020.

En parallèle, une évolution des structures est en cours de préparation, à la demande du Président de la République. Qualifiée de « projet de croissance », cette modification de l’agencement et de l’organisation des grandes entités du groupe permettra à EDF d’isoler les assets nucléaires et de disposer de vecteurs attractifs pour les investisseurs externes et accompagner la croissance des activités relatives aux énergies renouvelables et aux services énergétiques.

Une meilleure régulation et une organisation des actifs devraient permettre de soutenir puis de démultiplier les capacités d’investissement du Groupe. Cela permettra également à EDF de jouer un rôle majeur dans les ambitions climatiques de la France, réaffirmées dans le projet de loi Energie Climat, actuellement examiné par l’Assemblée Nationale.

Sur l’énergie nucléaire, le Président de la République a indiqué en novembre 2018 être favorable à une nouvelle régulation, basée sur un corridor de prix. Le prix de vente serait ainsi plafonné à la hausse lorsque les prix sont élevés sur le marché pour protéger le pouvoir d’achat des français. En parallèle, un prix « plancher » serait mis en place pour permettre à EDF de mener à bien ses investissements.


Des investissements tournés vers le nouveau nucléaire et les énergies renouvelables.


Le PDG d’EDF a rappelé que le groupe EDF poursuit ses développements autour du nouveau nucléaire, en particulier autour de la technologie EPR. Comme bien des études l’indiquent, en particulier celles émanant de l’Agence Internationale de l’Energie, le nucléaire est nécessaire pour la réalisation des objectifs climatiques, en particulier en Chine et en Inde. Le rapport du GIEC publié en 2018 souligne ainsi que respecter l’accord de Paris nécessitera une forte augmentation de la production nucléaire.

En France, Jean-Bernard Lévy affirme que le besoin de mettre en place de nouveaux réacteurs, afin de prendre le relai du parc actuel, sera indispensable. D’ici à 2021, à la demande du gouvernement, un dossier doit être présenté pour décider de l’opportunité de construire de nouvelles unités EPR sur le territoire français. Il s’agira d’un plan ambitieux comprenant une masse critique de réacteurs, permettant à la filière d’ingénierie et de la construction de se remettre pleinement en activité. Si EDF a pu rencontrer des obstacles en France pour la construction de l’EPR de Flamanville, les deux unités installées en Chine, de technologie française, fonctionnent bien. L’une d’entre elles est raccordée au réseau, l’autre le sera sous peu.

En parallèle, en France et à l’international, EDF multiplie les investissements et les développements dans les énergies renouvelables. Au-delà du solaire et de l’éolien, Jean-Bernard Lévy a indiqué que le groupe misait sur l’hydrogène. Même si cela reste un sujet difficile, car la quasi-totalité de l’hydrogène produite aujourd’hui est issue du vapocraquage et rejette de grandes quantités de CO2, cette technologie est porteuse d’avenir, en particulier pour le transport lourd. Le plan EDF sur l’hydrogène se concentre ainsi sur l’utilisation d’hydrogène vert pour les bus, les trains, les bateaux navettes. Le président d’EDF a également évoqué le récent gain de l’appel d’offres d’un champ d’éoliennes offshore à Dunkerque, avec un potentiel important. L’autoconsommation est également un sujet sur lequel le Groupe se positionne, au travers notamment de sa filiale EDF ENR-, qui propose la pose de panneaux photovoltaïques et des systèmes intelligents de pilotage de la production.

Un autre terrain d’investissement et de développement pour EDF est celui de la mobilité électrique. EDF est présent depuis longtemps sur cette thématique mais a fortement réhaussé ses ambitions à l’occasion de la présentation d’un Plan Mobilité Electrique, en octobre 2018. Selon Jean-Bernard Lévy, on entrevoit le moment où le véhicule électrique va devenir un objet de production et de consommation de masse et où le véhicule thermique sera progressivement interdit. Il ne s’agit pas pour EDF d’être présent sur l’ensemble de la chaîne de valeur, mais d’identifier les impacts sur les différents maillons du système électrique (réseau en particulier), l’évolution des technologies de batterie et le couplage entre ENR et le système de gestion de la recharge. Le Plan Mobilité Electrique permet au Groupe de prendre position dans ce domaine, sans avoir l’intention d’être un constructeur automobile ni un fabricant de masse de batteries. Le PDG d’EDF a mentionné un projet innovant à Bordeaux, avec la mise en oeuvre de recharge « intelligente » permettant d’utiliser les batteries des véhicules comme source d’énergie vers d’autres usages lors de pointes de consommation. EDF explore également les systèmes de gestion de bornes électriques et a récemment repris une grande partie de la gestion des bornes Autolib' à Paris.


Le groupe EDF accompagne la montée en puissance des collectivités locales sur les questions énergétiques.


Qu’il s’agisse des villes, des métropoles, des départements ou des régions, la transition énergétique engage les élus à s’emparer de manière croissance des questions énergétiques. Les différentes évolutions réglementaires et législatives donnent en particulier de nouvelles compétences aux métropoles.

EDF souhaite être présent au plus près des territoires pour faire de la pédagogie, comprendre les besoins et accompagner les schémas d’aménagement et les projets régionaux et métropolitains. Une grande réactivité est nécessaire pour proposer les meilleures solutions. Jean-Bernard Lévy a mentionné qu’EDF, via sa filiale Citelum, avait remporté il y a quelques mois un appel d’offres lancé par la ville et la métropole de Dijon, en partenariat avec d’autres groupes français, pour mettre en place un système numérique unique de gestion centralisée des équipements urbains connectés. C’est un exemple de l’accompagnement prodigué dans le cadre d’une transition à la fois énergétique et numérique, car sont concernés les services énergétiques mais aussi d’urgence, d’alerte, de circulation. L’accompagnement proposé par EDF comprend également la fourniture des données aux autorités concédantes, les métropoles sont particulièrement intéressées par les données de consommation.

Le numérique est désormais incontournable et le Président a insisté sur la nécessité de disposer d’outils à l’état de l’art. Le groupe a mis en place des data lakes (entrepôts de données) communs aux différentes entités du groupe, permettant ainsi de décloisonner l’accès à ces gisements de valeur, dans la limite de ce que les réglementations, en particulier sur les données personnelles, permettent. Dernièrement, le groupe EDF, en partenariat avec Engie, La Poste et la CDC, a dévoilé un projet de confiance numérique, basé sur la technologie Blockchain. Cette initiative permet d’authentifier les documents – en particulier factures – utilisés dans le cadre de procédures administratives comme attestation de domicile. Plus largement, le Président Lévy a indiqué que la technologie Blockchain pourrait se déployer sur d’autres usages dans un avenir proche.

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